je me souviens de ce soir de l'hiver dernier, on attendait la séance de cinéma assis sur un banc, devant l'hôtel, emmitouflés dans ton manteau :
« On se verra toute notre vie », c'est toi qui l'avais dit.
A chaque fois que je passe par là, je cois voir nos deux silhouettes embrassées, mais il n'y a jamais personne sur ce banc.
Le passé...
Je l'ai tellement dit, mais cette fois-ci, c'est pour de bon, tu as choisi.
Ta as préféré ta vie de con, le bonheur nous aurait ennuyé. On crèvera chacun de notre côté.
Maintenant j'entends de toute part tes histoires où je ne suis plus en vedette, tes déconvenues ou tes conquêtes, et quand je parle de nous au passé, on me rit au nez...
Parce que je dis
« nous ».L'amour, c'est la quintessence du Beau, du Bien, du Vrai, qui refaçonne votre sale gueule, qui sublime votre existence mesquine. Il a volé mon vice... Ca ne se vit pas à deux.Tes petites agressions mesquines, ce sont des coups dans l'eau... T'es comme un gosse qui s'est fait mal et qui essaye de pousser ses petits copains dans le bac à sable pour qu'ils se fassent mal aussi... Et un jour on se retrouve à jouer seul. L'autre retire ses billes, reprend ses cartes, et vous restez là, comme une con devant une partie inachevée... A attendre. Parce que vous ne pouvez faire que ça attendre. Cesser d'attendre, ça voudrait dire que c'est fini.
Vous attendez en vain qu'elle relance les dés, vous pensez qu'il vous reste des cartes maîtresses de que vous n'avez pas encore abattues, et qui changeront le cours de la partie.
Mais vous avez perduHaïr les lieux ; cette chambre du plaisir devenue hostile, inhabitée. Partir. Parce qu'il faut bien partir. Même si on n'en a pas envie. Partir parce qu'il le faut....Le bonheur... L'homme n'en entrevoit que des apparences, celles qu'essaie de lui donner le voisin.
Ne dites pas que le bonheur est éphémère. Le bonheur n'est pas éphémère. Le sentiment ressenti et pris pour le bonheur quand on est amoureux, quand on a réussi quelque chose, c'est le sursis avant de comprendre l'erreur : L'être aimé ne ressemble à rien, ce que vous avez réussi ne rime à rien. Cela ne vous rend pas malheureux, mais conscient.
Le bonheur ne se finit pas, il se rectifie...
(L'humanité souffre. Et je souffre avec elle...)